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Voici donc notre second invité
acadien. Joseph Edgar. Marc Poirier. Auteur, compositeur. Poète,
dramaturge. Et autant de chapeaux ?! Etrange personnage en tout
cas…
Joseph Edgar livre ici de drôles de réflexions, et
puis aussi un album, « La lune comprendra », aux lignes
épurées. Mélodies en tendresse, sur lesquelles
vient se poser parfois, en douceur, la voix d’autres artistes,
comme Marie-Jo Thério, dans l’harmonie.
Intimiste, Joseph Edgar, donc…. Et fantaisiste ! A vous
cette nouvelle rencontre : bonne lecture, bonne écoute,
que vous soyez « cow-boy urbain », ou « rat
d’Amérique »…
Julia Musté-Marchand.
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Marc
Poirier se lève un BON matin (figuratif, car réellement,
c’est probablement l’après-midi) et se décide
qu’il en a marre de tout et que voilà, il est temps
de s’en aller vers l’intérieur de soi. Dès
la première marche, il trébuche et finit par dégringoler
en bas de l’escalier. C’est un long escalier et le
choc de la chute le fait perdre conscience. À son réveil,
il sent une odeur de cigarettes et à sa droite remarque
un rat d’Amérique, clope au museau. À sa gauche,
il voit un grand personnage, chapeau de cowboy et guitare à
la main. Le rat et le “cowboy” sont en pleine discussion
et Marc Poirier trouve le tout un peu trop lucide pour ses goûts.
Il se referme les yeux et tente en vain de bloquer les bruits
de son entourage. Ne réussissant pas, il se lève
debout et demande au “cowboy” – qui est décidément
nul autre qu’un urbano tentant de paraître “cool”-
et le rat de s’il-te-plaît quitter la salle car il
est temps pour la méditation. Les deux bavardeurs s’éclatent
de rire.
“Voyons donc,” lui dit le rat. “Penses-tu vraiment
que tu peux nous chasser comme ça? Tu ne réalises
donc pas que c’est nous, plutôt, qui avons le pouvoir
de te chasser?”
Marc Poirier, confus, ramasse une pierre et la lance au rat. Le
rat, pas du tout dérangé par cet acte d’agression,
se penche aussitôt vers Marc Poirier et lui souffle aux
creux de l’oreille…hé, tu vois celui-là,
c’est Joseph…Joseph Edgar…il te connaît
depuis longtemps…il va maintenant prendre la place qui lui
est dûe…tes chansons, elles sont à lui maintenant!
Marc Poirier, pris de rage et d’incompréhension,
ramasse une autre pierre et s’apprête à la
lancer vers ce “cowboy fucké”, mais le rat
d’Amérique, aussi mesquin que n’importe quel
autre rat qui sait parler, prend le bout de sa clope et l’écrase
sur l’orteil de l’agresseur.
Poirier, méga-sensible aux douleurs, s’écrase
à nouveau par terre et succombe, encore une fois, à
son incapacité de digérer les émotions fortes.
“Inquiète-toi pas”, dit le rat, “la lune
comprendra.”
Et, guitare en main, le cowboy et le rat montent l’escalier,
laissant le Poirier derrière, évanoui, conscient
seulement de chuchotements obscures flottant aux alentours.
Plus tard, le rat ordonnera à des médecins spécialistes
en aubaines d’aller vérifier s’il est encore
vivant. De là, il y en a une qui décide de rester
à ses côtés, question de garder une oreille
constamment près du coeur de Poirier, car elle remarque
qu’il a tendance à s’arrêter de temps
en temps. Lorsque cela est le cas, elle prend un briquet laissé
de côté par le rat et le brûle la paume de
la main. Le coeur reprend ses tâches et elle replace son
oreille sur sa poitrine. Lorsque le coeur bat son plein, qui est
souvent le cas lorsqu’elle écoute attentivement,
elle perçoit, parfois faiblement mais autres fois fortement,
de petites mélodies accrochantes qu’elle prend en
note pour les livrer au rat qui à son tour, les livre au
cowboy, avec une mèche de cheveux, relevée directement
du crâne du Poirier écrasé.
Marc Poirier.
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