Nous portons tous, cachés quelque part au fond de nous-même, nos rêves les plus profonds. Et ces rêves enfouis, recouverts par les strates des débris de l’existence accumulés au fil des renoncements finissent par n’être plus qu’une tiède douceur aux relents de nostalgie à laquelle nous ne faisons même plus attention, pris dans la toile de nos lâchetés et de nos responsabilités. Nous traversons ainsi notre histoire, parfois la grande, morts avant d’avoir vécu. Et les enfants que nous laissons dans le meilleur des cas ne font rien d’autre que perpétuer l’espèce, c’est à dire notre propre inutilité.


Il peut pourtant suffire d’une rencontre, d’une étincelle ou d’une cassure pour que tous les cadres volent en éclats, et que le rêve prenne alors une consistance, une texture et une chair en une explosion de cette vie jusque là si étroitement contenue dans les limites acceptables de l’ordre et de la raison. Peu importe le détonateur, peu importe la forme que prend cette explosion, l’essentiel est dans la libération de cette énergie jusque là refoulée et confinée en une dynamique irrésistible bousculant tout sur son passage.


Rencontre
Etincelle
Cassure

 

Jean Roussie, En un miroir de cendre et d’eau, 1995-2002.
© Droits réservés

 

 
 
 

© 2002-2004, legrandincendie.net. Tous droits réservés. Reproduction autorisée sur demande.