Nous portons tous, cachés quelque part
au fond de nous-même, nos rêves les plus profonds.
Et ces rêves enfouis, recouverts par les strates des débris
de l’existence accumulés au fil des renoncements
finissent par n’être plus qu’une tiède
douceur aux relents de nostalgie à laquelle nous ne faisons
même plus attention, pris dans la toile de nos lâchetés
et de nos responsabilités. Nous traversons ainsi notre
histoire, parfois la grande, morts avant d’avoir vécu.
Et les enfants que nous laissons dans le meilleur des cas ne
font rien d’autre que perpétuer l’espèce,
c’est à dire notre propre inutilité.
Il peut pourtant suffire d’une rencontre, d’une
étincelle ou d’une cassure pour que tous les cadres
volent en éclats, et que le rêve prenne alors une
consistance, une texture et une chair en une explosion de cette
vie jusque là si étroitement contenue dans les
limites acceptables de l’ordre et de la raison. Peu importe
le détonateur, peu importe la forme que prend cette explosion,
l’essentiel est dans la libération de cette énergie
jusque là refoulée et confinée en une dynamique
irrésistible bousculant tout sur son passage.
Rencontre
Etincelle
Cassure
Jean Roussie, En un miroir
de cendre et d’eau, 1995-2002.
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