J’aurais aimé berger croiser les hautes plaines
de mon pas allongé sur les galets des oueds
poussant avec mon chant les troupeaux de lumière
et l’horizon tremblant comme unique frontière


De l’océan de sable aux ports de terre sèche
où l’ombre et l’eau mêlée aux fèces des troupeaux
ont engendré d’azur les hommes du désert
j’aurais appris le chant des fleuves souterrains


Et la lune tranchante aux horizons offerts
aurait bercé mes nuits de violettes parures
aux infinies courbures en hanches déployées
aux caresses inlassables des mille doigts du vent


J’aurais traceur d’étoiles en route vers le sud
cherché parmi les sables ces royaumes perdus
dont le vent porte encore au plus fort des tempêtes
la longue plainte nue du glaive en cœur qui bat


Et les trésors enfouis sous des siècles de dune
ces perles de lumière au plus profond des sables
j’en aurais fait cadeau au vent et à la lune
la nuit réinventée couché face aux étoiles


Ainsi redessiné de ces lettres de feu
m’ouvrant alors ses bras comme on ouvre une tombe
l’azur m’aurait aimé en fils de la lumière
Et il m’aurait bercé la plus tendre des mères


Au bout de mon voyage couché contre une pierre
au milieu des forêts de grès et de lumière
à l’absolu des vents aux rêves abolis
la mort m’aurait choyé à perte d’infini

 

 

Jean Roussie, En un miroir de cendre et d’eau, 1995-2002.
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