Prendre un crayon pour s’efforcer de noircir quelques pages n’est pas acte de candeur ou d’observateur blasé, mais sursaut de vitalité – une respiration à soi qu’il faut libérer.
Delphine Lamotte peint, avec tendresse, les ratés des rouages humains. Il y a chez cette jeune auteure une précision du regard porté, un art du toucher, une délicate lucidité. Ses écrits sont légers, en ce sens qu’ils possèdent une certaine douceur assenée.
Les coups portés, sans férocité jamais, étourdissent – tous de limpide poésie à nos yeux abandonnée.
Vous laissant avec ses mots, qui peuvent s’appliquer tant au poète qu’à l’art poétique (travailler, triturer, torturer la langue et l’extirper de sa gangue) – « un paria en quête de vérité »* –, nous vous invitons à découvrir la page blanche confiée à Delphine Lamotte.

Anne Treignier-Bleys.

* In Il y a des vies…, p.46.

 



Mot.
Ou la métonymie d'une richesse d'expression phénoménale.
A force d'entendre, de lire, de parler, l'usage du mot s'est quelque peu vulgarisé. Prêtez attention à une discussion anodine et vous verrez combien les termes perdent de leur valeur. On dit mais l'on écoute que peu, on écoute mais l'on ne cherche pas forcément à comprendre et j'en passe.
A l'inverse, il y a l'artistique où la puissance du mot est à son apogée, où le critique s'amuse parfois à titiller inutilement le sens pour en extraire des allégories, des métaphores qui pour moi sont alors plus un art à part entière qu'une analyse pointue de textes. En comparant, il semble que nous passions d'un extrême à l'autre : d'un côté des mots devenus creux et parfois de l'autre un débordement sémantique. Mais où est donc le juste milieu ? Il se perd dans cette dichotomie qui renie un sens à la notion-même
de « communication ».
Ainsi, le mot a-t-il perdu à mes yeux de son impact dans le quotidien. Au lieu de provoquer l'union des êtres, il sait mieux les déchirer ou les blaser d'indifférence. Même si elles portent le terme à son paroxysme expressif, la prose et la poésie sont selon moi les défenderesses de la communication. Car l'oral comme l'écrit sont des « faire » théoriques, des prémices à l'action voire dans certains cas parviennent au statut d'actes intangibles. Les mots, dans notre innocence, sont donc des atouts de poids qui nous rapprochent de notre prochain car ils symbolisent une main tendue à des poings fermés, du moins en apparence. Souvent nous observons des démarches réticentes au partage communicatif qui sont autant de poings serrés par peur de blessures, de dons d'amour ou par simple lassitude. Alors l'agressivité devient une nouvelle forme d'éloquence et les sourires presque des féeries.
Personnellement, je pense que le mot, s'il est bien manié, peut encore délicatement s'immiscer sous cette écorce sociale en constant durcissement et rompre le sort de déshumanisation parfois flagrant. En effet, on peut l'utiliser pour émouvoir, caresser une sensibilité farouche, la réconforter et ainsi redonner l'opportunité de faire confiance à nos semblables. En ce sens, la littérature est selon moi une merveilleuse réponse à l'engourdissement des consciences et donc à l'étiolement de l'expression.
Voilà pourquoi j'écris.

Delphine Lamotte.

 

Contact

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Bibliographie de Delphine Lamotte

Il y a des vies..., nouvelles. Septembre 2003, éditions S.d.E.

Un site qui détaille le livre et vous offre quelques extraits

http://www.ifrance.com/recueildenouvelles/ilyadesvies.htm

 
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