Et voilà, le hasard a mis
sur notre route Patricia Lhommais, jeune écrivaine, qui vogue
entre poésie, roman et critique littéraire. Son premier
roman, Contradictions, a été primé
par l’Académie francophone. La demoiselle nous fait
le plaisir, dans ce numéro estival, de souiller la première
la page blanche… A notre naïve question, « écrire,
c’est quoi pour vous ? », voici ce qu’elle a répondu…
Julia Musté-Marchand.
Mener la danse
J'écris pour me souvenir. Pour ne jamais oublier les instants
les plus forts de ma vie, mes joies, mes éclats de voix,
mes angoisses, mes sourires. Pour les immortaliser, ne plus avoir
peur du temps qui passe, ce temps passé vers lequel aucun
d'entre nous ne peut revenir.
J'ai
besoin de ces mots qui me pénètrent. Je les accouple
et les unis, je mène leur danse et leur cortège.
Je les aligne sur une feuille blanche, à la recherche de
la sensation la plus percutante, de la larme la plus vraie, pour
y laisser une partie de notre monde, de notre vie, de tous ceux
que j'aime tant…
L'écriture
ne me laisse pas un instant en paix. Elle me suit, me poursuit,
m'entoure et m'enlace. Elle devient mon partenaire et je ne peux
plus vivre sans cette fusion née entre elle et moi un jour
d'angoisse et de jeunesse trop tourmentée.
J'ai
besoin d'écrire, mais tellement peur, à travers
les mots, d'être confrontée à moi-même,
à une douleur que je ne connais pas encore, à une
ombre enfouie au plus profond de moi-même, une ombre que
les mots feraient renaître entre mes doigts trop fragiles.
Parce
qu'alors ce n'est plus moi qui mène la danse, ce sont les
mots qui deviennent maîtres de moi, qui me gouvernent et
me transportent jusqu'à la découverte de l'inconnu.
Mais
le besoin d'écrire est plus fort que tout. Je m'isole alors
pour laisser les sensations m'envahir. Je me fais violence pour
les laisser revivre sur un papier trop blanc pour moi. J'y pose
mon mal-être pour qu'il ne m'ensorcèle plus, pour
ne jamais laisser au passé les instants de bonheur vécus.
Même
quand je n'ai aucun papier en main, aucun crayon dans ma poche,
les mots se déchaînent.
Et
j'écris. Toujours. Jusqu'à ce que je ne puisse plus.
Patricia Lhommais.
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